Le Mali a plaidé mercredi à Kigali, capitale du Rwanda, pour une accélération de l’autonomie stratégique et technologique de l’Afrique, face à la transformation du paysage sécuritaire mondial marquée par l’essor de l’intelligence artificielle, des systèmes autonomes et des drones.
Intervenant à la 2ème Session de la Conférence internationale sur la sécurité en Afrique (ISCA), le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a placé la question de la souveraineté décisionnelle et technologique au cœur des réponses africaines aux nouvelles menaces sécuritaires.
Co-animateur du panel inaugural consacré à « l’évolution du paysage sécuritaire en Afrique : systèmes autonomes et nouveaux défis sécuritaires », le chef de la diplomatie malienne a estimé que l’expérience du Mali dans la lutte contre les groupes armés terroristes démontrait la nécessité pour les États africains de disposer d’une capacité autonome de décision et d’action dans la conduite de leurs missions régaliennes.
« L’Afrique doit passer du statut d’acheteur et d’utilisateur à celui d’acteur », a en substance défendu le ministre, insistant sur la nécessité pour le continent de participer à la conception, la production, l’utilisation et la maintenance des équipements de défense de nouvelle génération.
Pour Bamako, cette évolution ne relève plus uniquement d’un impératif militaire. Elle constitue également un enjeu de souveraineté industrielle, de formation de la jeunesse et de maîtrise des technologies stratégiques, notamment l’intelligence artificielle.
Le ministre a ainsi souligné les efforts engagés par le Mali dans la formation de jeunes aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle, tout en appelant à la mise en place d’une industrie africaine de défense capable de réduire les dépendances extérieures.
Sur le plan régional, Abdoulaye Diop a également présenté la Confédération des États du Sahel (AES), regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, comme une illustration de la volonté de ces trois pays de privilégier un leadership africain dans la réponse aux défis sécuritaires.
Il a par ailleurs dénoncé ce qu’il a présenté comme des formes d’ingérences extérieures aggravant les conflits au Sahel, évoquant notamment l’utilisation d’équipements et de drones par des groupes armés terroristes et les dimensions militaire, économique et médiatique des conflits asymétriques auxquels les États sahéliens sont confrontés.
Au-delà de la seule lutte antiterroriste, le message porté par Bamako à Kigali dessine ainsi une ambition plus large : faire de la maîtrise des technologies militaires et de l’intelligence artificielle un nouveau pilier de la souveraineté africaine.
Les interventions du ministre ont été complétées par celles du Colonel-major Yacouba Sanogo, conseiller en stratégie à l’État-major général des Armées du Mali, qui a apporté des précisions sur le renforcement des capacités des Forces armées maliennes (FAMa), leur professionnalisation et leur engagement en faveur du respect du droit international.
La conférence de Kigali intervient alors que les technologies autonomes, les drones et l’intelligence artificielle, redéfinissent progressivement les modes de confrontation militaire, plaçant la question de la maîtrise technologique au centre des débats sur la sécurité et la souveraineté des États africains.

















