Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA), qui s’est tenu les 14 et 15 février 2026, s’est déroulé dans un contexte complexe, marqué par des crises sécuritaires, des transitions politiques délicates et des pressions économiques croissantes. Le thème principal, « Garantir un accès durable à l’eau et à des infrastructures sanitaires sûres pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », a mis en lumière le lien entre ressources naturelles, santé publique, sécurité alimentaire et cohésion sociale, sans éclipser les débats sur la paix et la sécurité du continent.
Ibrahim Sawadogo, conseiller technique en prévention des conflits à la GIZ Burkina Faso, explique : « Les discussions ont été largement dominées par les enjeux sécuritaires et humanitaires. Les dirigeants ont réaffirmé leur engagement à maintenir une tolérance zéro face aux changements anticonstitutionnels de gouvernements, soulignant que la stabilité institutionnelle reste essentielle pour la paix et la sécurité ».
Le sommet a également insisté sur la nécessité d’un financement prévisible et flexible pour les missions de maintien de la paix dirigées par l’UA. Sawadogo note : « Sans ressources stables, la dépendance envers les partenaires extérieurs réduit considérablement la capacité d’action africaine en matière de sécurité ».
Des ambitions freinées par des contraintes structurelles
Malgré des résolutions ambitieuses, leur mise en œuvre reste partielle. Sawadogo précise : « L’Union africaine reste trop dépendante des financements extérieurs, tandis que certains États peinent à soutenir le fonctionnement de l’organisation. Sur 55 membres, seulement 17 prélèvent la taxe de 0,2 % destinée à renforcer les ressources locales, malgré les recommandations formulées en 2016 ».
D’autres obstacles incluent la subsidiarité avec les communautés économiques régionales et la protection de la souveraineté nationale. « Il n’est pas surprenant que certaines décisions peinent à être appliquées », ajoute-t-il.
Intégration régionale et rôle diplomatique
Pour la zone sahélienne, Sawadogo souligne la nécessité d’une approche coordonnée et complémentaire : « L’UA reste le cadre légitime pour traiter des questions de paix et coopérer avec la nouvelle Alliance des États du Sahel. Maintenir des dialogues politiques ouverts est crucial pour éviter l’isolement et la radicalisation des positions ».
Concernant la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, il estime que « cette revendication a peu de chances de peser réellement sur la diplomatie internationale, mais elle reste légitime ».
Nouvelle architecture financière : un outil stratégique
Le sommet a validé la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA), portée par la Banque africaine de développement, afin de renforcer la mobilisation de ressources internes. Selon Sawadogo, « l’efficacité d’un sommet se juge sur le long terme », et trois indicateurs permettent de mesurer l’impact réel :
- Souveraineté institutionnelle : financement complet et régulier de l’UA par ses États membres ;
- Paix et sécurité : nombre d’opérations de maintien de la paix entièrement financées et déployées par l’UA ;
- Stabilité politique : États respectant la continuité constitutionnelle.
Il conclut : « Le sommet montre les ambitions structurelles de l’UA, mais la véritable évaluation reposera sur la concrétisation des décisions, notamment en matière de prévention des conflits et de financement des missions de paix ».















