Le président Erdogan se rend en Éthiopie pour sa première visite en plus de 10 ans

La visite prévue mardi du président turc Erdogan à Addis-Abeba, sur invitation du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, intervient alors que les deux pays commémorent un siècle de relations officielles.

Newstimehub

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17 Feb, 2026

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La visite annoncée en Éthiopie du président turc Recep Tayyip Erdogan a été largement couverte par les médias locaux, qui ont mis en avant son importance diplomatique alors que les deux pays commémorent le centenaire de l’ouverture de l’ambassade de Türkiye dans la capitale Addis-Abeba, une étape dans des relations qui remontent au XVIe siècle.

Les médias publics et privés ont globalement présenté la visite de manière positive, en soulignant des liens anciens, une intensification de l’engagement économique et le rôle diplomatique d’Ankara dans la région.

Le déplacement, prévu mardi à l’invitation du Premier ministre Abiy Ahmed, sera la première visite d’Erdogan en Éthiopie depuis plus d’une décennie.

La société d’État Fana Broadcasting Corporation a présenté la visite comme une montée en puissance des relations bilatérales. Dans un article consacré au président turc, le titre le qualifiait de « l’architecte de la nouvelle Türkiye ».

Le média privé Addis Standard a également rendu compte de la visite, en la reliant aux tensions dans la Corne de l’Afrique et à l’engagement diplomatique de la Türkiye dans la région. Selon son article, les deux pays devraient signer divers accords de coopération déjà conclus au niveau officiel.

Dans un autre article, Pulse of Africa, une plateforme numérique panafricaine lancée en octobre dernier par Abiy, a souligné que la Türkiye renforce sa présence en Mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique alors que le président Erdogan se rend à Addis-Abeba pour élargir les liens commerciaux, infrastructurels et en matière de sécurité.

Lors d’un événement marquant le centenaire des relations bilatérales, l’ambassadeur de Türkiye en Éthiopie, Berk Baran, a déclaré que la visite d’Erdogan marquait « l’élévation de liens déjà forts ».

Relations politiques cohérentes et dialogue

« Dans cet ordre mondial ambivalent, la Türkiye et l’Éthiopie ont construit une relation ouverte et très cohérente sans médiation de tiers. Il faut la préserver et la renforcer », a déclaré Emre Yasin Kekec, chercheur indépendant basé en Türkiye, à Anadolu.

Les analystes affirment que la relation s’est façonnée par une compréhension politique mutuelle, même lorsque les intérêts nationaux divergeaient.

« Je crois que la Türkiye comprend les positions de l’Éthiopie ; nous l’avons vu durant le différend sur le Nil, nous l’avons vu durant sa quête d’accès à la mer, et cela découle de similarités de contexte géographique et d’histoire étatique », a affirmé Ibrahim Mulushewa, chercheur et responsable d’un think-tank basé à Addis-Abeba, lors d’un panel commémorant le centenaire des liens.

Il a expliqué que cette perspective partagée a permis un engagement direct entre les deux pays.

« L’approche turque n’est parfois pas parfaitement alignée, mais au moins les deux pays perçoivent les perspectives, et cette raison même a engendré des relations dialoguées et directes, ce qui a aussi permis à la Türkiyee de réussir à médiatiser des questions régionales très sensibles comme celle du différend Éthiopie‑Somalie, résolue par la déclaration historique d’Ankara », a-t-il ajouté.

S’exprimant lors d’une table ronde à l’occasion du centenaire des relations officielles, Baran a déclaré que « la diplomatie séculaire entre les peuples a été le caractère central des relations bilatérales entre la Türkiye et l’Éthiopie », notant que la visite du président Erdogan « marque une nouvelle étape des liens bilatéraux ».

Les analystes ajoutent aussi que le partenariat s’est maintenu autant grâce aux liens sociétaux qu’à la diplomatie formelle.

« La plupart des discussions tournent autour de la diplomatie politique, tandis que le véritable pont est constitué par les relations entre les peuples », a dit Kekec.

Les universitaires ont aussi souligné le rôle de la diplomatie culturelle dans la formation des perceptions publiques.

« La diplomatie culturelle, sociale et artistique est souvent négligée, car elle est le plus souvent éclipsée par la diplomatie politique. Toutefois, dans le contexte éthiopien, les séries télé turques, des étudiants comme moi qui ont étudié en Türkiye, et une certaine résonance culturelle ont contribué à une image positive du pays à travers tout le pays », a souligné Abdulaziz Dino, maître de conférences à l’université d’Addis-Abeba titulaire d’un doctorat de l’université d’Ankara.

« Dans cet ordre mondial en perpétuel changement, la diplomatie traditionnelle, bien qu’elle joue un rôle essentiel, aurait beaucoup moins d’impact si elle n’était pas soutenue par les médias, le capital culturel et social », a-t-il ajouté.

Selon ces universitaires, la visite d’Erdogan reflète à la fois le symbolisme d’un jalon centenaire et la volonté des deux pays de renforcer des liens enracinés dans une familiarité historique, le dialogue diplomatique et des connexions sociétales de longue date.